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La chronique Regards de femmes du 7 février, dans le Grand Matin week-end  de Sud Radio animé par Maxime Lledo, a été consacrée à la directive européenne sur la transparence salariale.

Verbatim : 

Parler des droits des femmes, c’est souvent parler de combats, de retards, d’injustices.
Mais aujourd’hui, j’aimerais parler de progrès.
D’une avancée concrète, mesurable, et surtout porteuse d’espoir : la transparence salariale.

En France comme en Europe, le constat est connu : à travail égal, les femmes gagnent moins que les hommes. Cet écart ne s’explique pas seulement par les choix de carrière ou le temps partiel. Il existe aussi, et surtout, des inégalités salariales injustifiées..

Pendant longtemps, le salaire a été un sujet tabou. On ne compare pas, on ne demande pas, on ne sait pas. Et quand on ne sait pas, on ne peut pas contester.

C’est précisément là que la directive européenne sur la transparence salariale marque un tournant.
Son principe est simple, presque évident : pour lutter contre les inégalités, encore faut-il les voir.
 Pour les rendre visibles, concrètement, cette directive oblige les entreprises à plus de clarté.

Les salariées, femmes et hommes, pourront accéder à des informations sur les niveaux de rémunération pour des postes équivalents.
À l’embauche, les employeurs n’auront plus le droit de demander l’historique de salaire, une pratique qui reproduisait mécaniquement les inégalités passées.
Et surtout, en cas de discrimination, ce ne sera plus uniquement à la salariée de prouver l’injustice : la charge de la preuve sera en partie renversée.

C’est une avancée majeure, parce qu’elle change la logique.
L’égalité salariale ne repose plus sur la bonne volonté des entreprises, mais sur des règles communes, vérifiables, contrôlables.
La transparence salariale, ce n’est pas désigner des coupables. C’est donner des outils.
C’est permettre aux femmes de défendre leurs droits, sans s’exposer individuellement.
C’est rappeler que l’égalité n’est pas une faveur, mais une norme.

En France, avec la loi Coppé Zimmerman sur la présence de femmes dans les conseils d’administration puis la loi Rixain, adoptée en 2021, un premier levier essentiel a été actionné: l’accès des femmes aux postes de pouvoir.

Ces lois imposent des objectifs chiffrés pour la féminisation des postes de direction dans les grandes entreprises, avec des sanctions financières à la clé si ces objectifs ne sont pas respectés.
On ne parle plus de promesses ou d’engagements symboliques, mais d’obligations mesurables.
Et les premiers effets sont visibles : davantage de femmes accèdent à des postes de direction, et la question de l’égalité professionnelle devient un enjeu stratégique, au cœur du fonctionnement des entreprises.

Bien sûr, tout n’est pas réglé. Les écarts existent encore, les résistances aussi.
Mais ces lois traduisent un changement profond : l’égalité professionnelle sort du discours pour entrer dans le concret.
En rendant les salaires visibles, on rend les inégalités inacceptables.
Et c’est peut-être ça, la vraie avancée : une égalité qui ne se négocie plus en silence, mais qui se vérifie.

Michèle Vianès